Dr. Jacques P. Tremblay Lab.

Thérapie Cellulaire

Thérapie cellulaire


Depuis la première transfusion sanguine, exemple bien connu de cellules prélevées chez un individu pour en soigner un autre, la thérapie cellulaire a beaucoup évolué. À l’aide de techniques spécialisées permettant de reconnaître et d’isoler les cellules participant à la réparation de tissus particuliers comme les muscles, il est possible de les prélever chez un individu sain pour ensuite les induire à se multiplier en laboratoire. En plaçant une seule « super-cellule » dans un milieu lui fournissant les nutriments nécessaires, nous pouvons en obtenir plus de dix millions après un mois de culture ! En dernier lieu, ces cellules peuvent être transplantées chez l’individu malade afin de participer à la réparation des tissus endommagés.
Chacune de nos cellules contient de l’ADN que l’on peut comparer à un énorme manuel contenant près de 30 000 instructions différentes. Chacune de ces instructions, plus communément appelées « gènes », permet à la cellule de fabriquer un élément qui lui est utile, une « protéine ». Si l’instruction permettant de fabriquer une protéine ne peut être lue correctement, il peut y avoir développement d’une maladie dont la cause est qualifiée de génétique. Comment un défaut génétique peut-il survenir? Lorsqu’une cellule se divise pour donner deux cellules, elle doit faire une copie de son ADN. Malheureusement, il arrive qu’une erreur se glisse et qu’une instruction devienne illisible. Pour l’individu atteint de DMD, une erreur au niveau de son ADN fait en sorte que ses muscles sont privés d’une protéine appelée « dystrophine ». Comme cette protéine permet à nos muscles d’être plus résistants, c’est donc l’incapacité à produire de la dystrophine qui est responsable de la détérioration des muscles chez l’enfant atteint de DMD. Les fibres musculaires endommagées sont réparées par la prolifération de petites cellules, appelées cellules satellites qui sont situées près de chaque fibre musculaire. Malheureusement les fibres musculaires réparées sont toujours dépourvues de dystrophine et seront endommagées de nouveau. Les cycles répétés de dégénération et régénération mènent à la sénescence des myoblastes et donc à une capacité diminuée de régénération menant à la faiblesse des muscles(Fig. 1).


Fig. 1



Un muscle, comme les biceps, est constitué de milliers dee fibres musculaires. Pour donner naissance à une fibre musculaire, plusieurs centaines de cellules doivent s’aligner et fusionner les unes aux autres. Suite à un dommage, des cellules réparatrices présentes dans nos muscles sont activées et fusionnent avec nos fibres pour les réparer. C’est donc grâce à cette réserve de cellules réparatrices que nos muscles pourront être réparés tout au long de notre vie. Chez un enfant atteint de DMD, le manque de dystrophine rend les fibres musculaires plus fragiles que celles d’un individu normal.
      Les recherches effectuées dans notre laboratoire ont permis de développer une thérapie qui consiste à isoler des cellules réparatrices du muscle dans le but de traiter la plus répandue des maladies musculaires de l'enfant : la dystrophie musculaire de Duchenne (DMD). Bien qu’elle fût décrite par le docteur Guillaume Duchenne de Boulogne il y a plus de 135 ans, il n’existe à ce jour aucun traitement pour guérir cette pathologie qui affecte 3 bébés mâles sur 10 000 naissances.
     La transplantation cellulaire consiste à injecter dans le muscle du patient des cellules saines contenant les instructions nécessaires pour fabriquer la dystrophine. L’injection de ces nouvelles cellules permettra de reconstituer une réserve de cellules réparatrices capables de fusionner avec les fibres du patient (Fig. 2).


Fig. 2



Une fois fusionnée à la fibre malade, la cellule saine pourra alors produire la protéine manquante, la dystrophine Fig. 3


Fig. 3



Les résultats que nous avons obtenus chez des patients sont très encourageants. Cette thérapie a aujourd’hui atteint le stade clinique de phase I et constitue le traitement le plus avancé dans le cadre de la dystrophie musculaire de Duchenne (Fig. 4). En injectant les cellules directement dans les muscles de l’enfant, nous espérons un jour lui redonner la force de marcher, de bouger les bras et d’utiliser ses mains. Bien qu’il reste beaucoup d’améliorations à apporter afin de pouvoir traiter les muscles difficilement accessibles comme le cœur et le diaphragme, l’espoir de guérir complètement les patients dystrophiques est bien concret et n’a de limite que celle fixée par l’avancement de la recherche et de nos connaissances.


Fig. 4



 
Dr. Jacques P. Temblay Lab.